Origine et histoire
La maison romano-gothique, située au 15 rue Croix-Baragnon à Toulouse, est l’une des plus anciennes constructions civiles de la ville, datée du début du XIVe siècle. Elle illustre une architecture de transition entre les styles roman et gothique, marquée par une décoration sculptée exceptionnelle sur ses chapiteaux et bandeaux. Ce décor, réalisé par un atelier de sculpteurs actifs dans la région, mêle motifs végétaux, animaux réels ou fantastiques, et scènes musicales ou cynégétiques. La maison était initialement composée de deux corps de bâtiment : l’un en brique sur rue, l’autre en bois sur cour, avec une cave antérieure conditionnant sa structure.
Au XVIIe siècle, la maison subit d’importants remaniements sous l’impulsion de François d’Aldéguier, trésorier de France. Le corps de bâtiment sur cour est alors reconstruit en brique, et la distribution intérieure modifiée, tandis que la façade sur rue perd son dernier étage médiéval en pan de bois, remplacé par un étage intermédiaire. Ces transformations altèrent partiellement les arcades gothiques du rez-de-chaussée, dédiées à des boutiques. La maison, initialement plus vaste, appartenait à des familles influentes de l’élite toulousaine, comme les Bénazet ou les Benoist, avant d’être divisée en 1650.
Des campagnes de restauration menées après 1990, notamment en 1998, ont permis de retrouver partiellement son aspect originel. Les fresques médiévales redécouvertes en 1991 et les études architecturales ont révélé la qualité des constructions du XIVe siècle, ainsi que des peintures murales géométriques contemporaines de l’édifice. Classée Monument Historique dès 1923 pour son deuxième étage, la maison a vu son classement étendu à l’ensemble du bâtiment en 1997. Aujourd’hui, elle témoigne à la fois de l’artisanat médiéval toulousain et des évolutions architecturales des XVIIe et XXe siècles.
La façade, longue de 14 mètres, se distingue par ses cinq baies géminées du deuxième étage, ornées de chapiteaux sculptés représentant visages humains, monstres, et feuillages. Deux bandeaux sculptés, richement décorés de scènes musicales, de chasse, et d’écussons, courent sur toute la largeur. Le troisième étage, ajouté en 1923, contraste par son absence de décoration. À l’intérieur, la grande salle du deuxième étage, équipée d’une cheminée monumentale, s’ouvrait sur des pièces secondaires comme une chambre aux rosaces noires et rouges, et un escalier en vis menant aux niveaux supérieurs.
La maison a traversé les siècles en changeant de propriétaires, souvent liés à l’aristocratie parlementaire toulousaine. Parmi eux, Jacques Bénazet (1477), membre d’une famille de capitouls, ou Clément-Marie Leblanc, conseiller au Parlement exécuté pendant la Terreur en 1794. Ces familles ont marqué l’histoire de l’édifice, entre agrandissements, divisions, et adaptations aux usages résidentiels ou commerciaux. Les traces de ces occupations successives, comme les modifications du XVIIe siècle ou les ajouts du XXe, en font un palimpseste architectural.
La cave médiévale, remarquable par son volume, et les élévations sur cour, couronnées d’une corniche à trois ressauts, complètent cet ensemble. Les peintures murales géométriques du deuxième étage, redécouvertes en 1991, confirment la datation de la construction à la charnière des XIIIe et XIVe siècles. Malgré les altérations subies, la maison romano-gothique reste un témoignage précieux de l’habitat urbain toulousain médiéval, alliant fonctionnalité marchande et résidentielle dans un décor sculpté d’une rare originalité.